Mes coups de cœur


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29 août 2014

Je veux vivre - Jenny Dowhnam (Extrait)

 
Extrait : Je veux vivre
Jenny Downham
Éditions France Loisirs

Un

J’aimerais avoir un petit ami. J’aimerais qu’il vive sur un cintre dans ma penderie. Je pourrais l’en sortir quand je voudrais et il me regarderait comme les garçons regardent les filles dans les films, comme si j’étais belle. Il parlerait peu mais respirerait très vite en ôtant sa veste de cuir et en déboutonnant son jean. Il porterait un caleçon blanc et serait si sublime que je m’en évanouirais presque. Alors il me retirerait mes vêtements. Et murmurerait : « Je t’aime, Tessa. Je suis fou de toi. Tu es belle. » Voilà exactement ce qu’il dirait en me déshabillant.
Je m’assieds et allume la lampe de chevet. Je trouve un feutre, mais pas de papier, alors j’écris sur le mur derrière moi : « Je veux sentir le poids d’un garçon sur mon corps. » Puis je me rallonge, les yeux tournés vers la fenêtre. Le ciel est d’une étrange couleur, rougeoyant et charbonneux à la fois, comme si le jour perdait son sang.
Ça sent la saucisse. Il y a toujours des saucisses, le samedi soir. Avec de la purée, du chou et de la sauce aux oignons. Papa a dû acheter son ticket de loterie, c’est Cal qui a dû choisir les numéros et ils vont dîner tous les deux en face de la télévision, leur plateau sur les genoux. En regardant « The X Factor », puis « Qui veut gagner des millions ? ». Ensuite, Cal ira prendre son bain et se coucher tandis que Papa restera à boire une bière et à fumer jusqu’à ce qu’il soit assez tard pour qu’il ait sommeil.
Un peu plus tôt, il est monté me voir. Il a traversé ma chambre pour ouvrir les rideaux. « Regarde-moi ça ! » a-t-il dit tandis que la lumière inondait la pièce. Ça, l’après-midi, la cime des arbres, le ciel. Sa silhouette se dessinait à contre-jour devant la fenêtre. Debout, les mains sur les hanches, il avait l’air d’un Power Ranger.
« Si tu ne m’en parles pas, comment puis-je t’aider ? » a-t-il dit en venant s’asseoir sur le bord de mon lit.
J’ai retenu ma respiration. Quand on fait ça assez longtemps, on finit par avoir des petites lumières blanches qui dansent devant les yeux. Il s’est penché pour m’effleurer la tête, me masser doucement la peau du crâne du bout des doigts.
« Respire, Tessa », a-t-il murmuré.
Pour toute réponse, j’ai attrapé mon chapeau posé sur la table de nuit et me le suis enfoncé jusqu’aux oreilles. Alors il est parti.
Maintenant, il est en bas, en train de faire frire les saucisses. J’entends la graisse postillonner, la sauce crépiter dans la poêle. Je n’aurais jamais cru pouvoir discerner tout cela du premier étage, mais désormais plus rien ne m’étonne. Cal, qui était parti acheter de la moutarde, enlève son blouson dans l’entrée : j’entends le bruit de la fermeture Eclair. En lui donnant de l’argent, il y a dix minutes, Papa lui a recommandé de ne parler à « personne de bizarre ». Et en son absence, il est resté sur le seuil de la porte du jardin à fumer une petite clope. J’entendais le chuchotement des feuilles tombant à ses pieds sur le gazon. L’automne s’installe.
« Range ton blouson et grimpe voir si Tess a besoin de quelque chose, dit Papa. Il y a plein de mûres : essaie de lui donner envie. »
Cal porte ses baskets, l’air chuinte dans ses semelles tandis qu’il monte l’escalier et entre dans ma chambre. Je fais semblant de dormir mais il n’est pas dupe. Il se penche sur moi et murmure :
« Même si tu ne m’adresses plus jamais la parole, je m’en fiche. »
Je soulève une paupière et rencontre deux yeux bleus.
« Je savais bien que tu faisais semblant, triomphe-t-il avec un large et adorable sourire. Papa demande si tu veux des mûres.
 Non.
 Qu’est-ce que je lui dis ?
 Dis-lui que je veux un bébé éléphant. »
Il rit.
« Tu vas me manquer », dit-il et il m’abandonne en laissant la porte grande ouverte sur les premières marches de l’escalier.
[…]


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